Comme je l'avais laissé entendre dans mes premier messages, dès mes débuts à Moorea, il n'a fait que pleuvoir. De grosses averses qui détrempent bien le terrain, pas plus de 10min de soleil consécutif, bref ça va un temps mais faut pas pousser, je suis quand même en Polynésie, pays du soleil, non?
En fait, la raison de ce mauvais temps, c'était la dépression cyclonique Nisha qui nous a menacée vers le 28 janvier. Le responsable du CRIOBE à pris la décision de sortir les bateaux de l'eau, par mesure de précaution. C'était bien tenté, mais à part quelques bourrasque de vent, de dépression point.
Le weekend se passe, tout le monde attends que les bateaux soit remis à l'eau pour reprendre les manips, mais alors qu'on attends le feux vert du responsable de la station, c'est une alerte orange concernant Oli, une dépression cyclonique qui nous arrive droit dessus. Annonce officielle du préfet Polynésien, pas question de passer outre!
On est mardi 2 février, les vents deviennent de plus en plus forts, les pluies s'abattent sur nous comme des murs, les permanents de la stations prennent leurs dispositions pour rentrer chez eux et préparer leur maison à la tempête. Tous les scientifiques qui ont du matériel sur le terrain se presse pour le rapatrier sur terre, et même si Nisha avait déjà crier "au loup" la semaine précédente, le prix de certains matériels vaut bien le rapatriement, quitte à ne pas pouvoir bosser pendant une semaine.
Le mercredi matin, seuls quelques irréductibles employés de la station sont venus bossés, mais lorsque Oli entre dans la catégorie cyclone vers 15h, et que l'alerte rouge est donnée, ils repartent tous et on commence un peu à s'inquiéter... Le gros du cyclone doit passer vers 3h du matin, dans la nuit de mercredi à jeudi, mais les désagréments peuvent durer jusqu'au weekend. Les courses sont faites en vitesses pour s'assurer les repas (et de quoi animer les soirées, on ne va pas non plus boire que de l'eau) avant que les routes ne soient bloquées vers 19h, le responsable de la station nous brief rapidement sur les consignes de sécurités à prendre: couper le gaz et l'électricité, scotcher les fenêtres pour éviter que les bris ne volent si une vitre est brisée, etc... La décision est prise de tous dormir dans la bibliothèque, seul bâtiment qui n'a pas de fenêtre, mais surtout qui est protégé par les autres bâtiments. Par mesure de sécurité, on boucle nos affaires dans les valises, pour ne pas devoir courir derrière si en se réveillant le lendemain, le toit de la station s'est envolé.
Le reste de la journée se passe à vérifier l'évolution du cyclone Oli sur les sites internet dédiés. J'ai pris quelques capture d'écran pour suivre l'évolution, vous les trouverez à la fin de cet article.
Lors du repas du soir, les vents deviennent de plus en plus forts, de grosses rafales de vents et de pluies nous obligent à manger les pieds dans l'eau: si on ferme les fenêtres du réfectoire, la pression risque d'être trop forte, il vaut mieux laisser la pièce ouverte au maximum (avec le risque que le vents s'engouffre et arrache le toit!). Tout le monde est un peu excité, les discussions de fin du monde fusent...
Certains vont se coucher tôt, la plupart (dont moi) reste dans la pièce à vivre, à boire un verre, mi-impatients, mi-inquiets de voir à quoi peut ressembler un cyclone... Le gros de la tempête est attendu pour 3h du matin, mais nous nous sommes tous couchés vers 2h, après avoir attendu de voir voler des arbres.
Finalement, ce fut une tempête violente, qui à fait quelques dégâts dans les environs, mais cela n'avait rien d'apocalyptique. J'aurai tendance à dire que c'était semblable en intensité avec la tempête de 91 en Belgique, ou de 95 dans le nord de la France.
En fait, il faut savoir que la situation de la station de recherche est propice à retenir les pluies, puisque elle se trouve en bout de baie, entourée de montagne. Ces montagnes sont aussi la cause d'un effet Venturi, qui accélère les vents (d'où les bourrasques très impressionnantes qu'on a pu observer), mais les oriente tous dans la même direction. C'est pourquoi nous n'avons pas ressentit le tourbillon de la tornade, et c'est pourquoi nous avons sans aucun doute éviter des dégâts.
Le lendemain par contre, je suis allée chercher le pain au magasin situé à quelques km. Les vents étaient toujours forts, mais la vieille voiture du CRIOBE à tenu la route. Par contre, pas de pain disponible: la route était coupée quelques mètres après le magasin, empêchant le boulanger de livrer. C'est en discutant avec la patronne du magasin que j'ai appris que la côte ouest à été endommagée, avec quelques toits arrachés, des arbres sur les routes, etc... Au final, moi qui trouvait ce cyclone un peu "décevant", je me dit que j'ai quand même eu de la chance que la station soit si bien protégée.
Mais ce n'est pas parce que Oli nous est passé sur la tête que tout était fini: nous avons subit la "queue" du cyclone pendant les 3 jours suivant, et nous avons continué à suivre l'évolution de la dépression, qui à continué tout droit sur les Tuamotus, et a fait beaucoup de dégâts sur son passage.
Je vous laisse avec une vidéo prises le mercredi dans l'après midi au bord de la baie, alors qu'on attendait le cyclone. Ca secoue pas mal, on ne vois pas garnd chose, mais au moins vous avez un peu le "vécu" de cette attente du cyclone
(edit: pas de vidéo pour le moment, la connexion internet est trop mauvaise pour pouvoir l'ajouter ici... J'essaye de trouver une solution et je vous fait signe dès que j'ai réussi)
Quelques photos des dégâts du lendemain (vous trouverez toutes les photos avec les légendes ici)
Et quelques images satellites d'Oli (j'ai marqué d'un point noir les îles de Moorea et de Tahiti), mais vous en trouverez beaucoup plus ici
PS: on est pas encore sorti de l'auberge, il y a Pat, une nouvelle tempête tropicale qui se développe à 1050km de Tahiti... Mais apparemment, elle dévie loin de nous




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